Rencontres du journalisme engagé


Didier Ledoux qui séjourne fréquemment en France, à la fois pour renforcer sa formation au contact de journalistes français de renom et pour compléter ses connaissances sur les moyens modernes de communication, est passé par Saint-Bénigne. Partager cet article. Repost 0. Commenter cet article. Mardi 03 Salade verte, spaghettis bolognaises, fruit de saison. Il y avait de tout: En général, c'étaient eux qui prenaient l'initiative de nous contacter, d'envoyer des articles.

J'allais en Chine une fois par mois. Pas seulement à Pékin. Je suis allé jusqu'en Mongolie intérieure pour comprendre ce qui s'était passé avec l'affaire du Parti du Peuple de Mongolie intérieure Neirendang 2. Je cherchais toutes les informations sur ce qui jusque là n'avait pas été révélé. J'établissais des relations guanxi qui faisaient boule de neige.

C'était le début de l'ouverture. Les gens avaient envie de parler, de dire ce qu'ils savaient. C'est vrai. Je suis allé à Nanning au moment de la guerre avec le Vietnam février Un officier m'a carrément ouvert son carnet de notes. Un responsable de l'Agence Chine nouvelle qui revenait du front a déplié devant nous des cartes d' Etat-major très détaillées en nous expliquant toutes les opérations. A Pékin, un cadre de rang ministériel m'a un jour révélé qu'il venait d'assister à la sortie de prison de Lu Dingyi 3. Un autre m'a annoncé que des dazibaos contre Wang Hairong venaient d'être affichés au Ministère des Affaires étrangères 4 , etc.

En fait, les gens nous soutenaient parce qu'ils avaient les mêmes sentiments que nous, qu'ils s'identifiaient à notre revue: La rupture avec le Parti. Et quelles étaient vos relations avec les autorités? Zhengming était-il autorisé à la vente en Chine?

Portrait d'un journaliste engagé [Interview de Wen Fai, rédacteur-en-chef de Zhengming]

Non, il ne l'était pas. Mais les relations étaient correctes. D'un côté, les officiels cherchaient à nous utiliser dans. Quand je me déplaçais en province, j'étais accompagné par des officiels et mes frais étaient pris en charge. J'étais sur mes gardes mais je n'avais pas peur, car je ne faisais rien d'illégal.

C'est quand j'ai écrit un editorial intitulé: Liao Chengzhi 5 a envoyé un chef de service sizhang pour discuter avec moi. C'était une femme qui avait été secrétaire de Geng Biao 6. Elle m'a passé un savon comme si Zhengming était un organe du Parti: Et qu'est-ce que je faisais du Parti?

Il était absolument interdit de critiquer Mao! Ensuite, c'est le président shezhang de l'Agence Chine nouvelle qui m'a appelé au téléphone. Nous nous sommes disputés pendant vingt minutes. Je lui ai fait comprendre que je n'avais rien à faire de ses interdictions, que j'étais le rédacteur-en-chef d'une revue indépendante min- jian. Même Jin Yaoru 7 , avec qui j'avais toujours eu de bonnes relations lorsqu'il était à Hong Kong, m'a sorti son couplet sur l'impossibilité de critiquer Mao. Et pourtant, de mon point de vue, j'avais fait preuve de beaucoup de retenue en employant le mot ping, impliquant une idée de réévaluation plus que de critique.

Le terme de pi aurait mieux correspondu à ce que je pensais.

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Mais pour eux c'était déjà trop, et ce texte a marqué la première rupture entre nous. Les relations se sont tendues un peu, mais sans être franchement mauvaises. Peu après, j'ai appris que Zhengming était autorisé à la vente en Chine. Cela a duré deux mois, pendant lesquels notre tirage a avoisiné les cent mille.

Mais le mois d'après, c'était fini. Est-ce que les autorités du Guangdong n'avaient pas une attitude plus favorable à votre égard? Pendant un temps seulement. C'est ainsi que j'ai pu interviewer les Li Yizhe 8 avant leur libération, alors qu'ils étaient encore en résidence surveillée dans un centre d'accueil du Lac de l'Est, ce qui n'aurait évidemment pas été possible sans soutien officiel.

Par la suite, Xi Zhongxun, alors gouverneur de la province, a même demandé un jour à Li Zhengtian, qui devait me téléphoner, de me souhaiter le bonjour. En-dehors des Li Yizhe, est-ce que vous avez pu faire d'autres interviews exclusives?

De la déclaration Balfour au Livre blanc de 1939 : le mandat britannique sur la Palestine - D. Vidal

Au moment du procès de la Bande des Quatre, ma femme est allée à Pékin et a pu interviewer des personnes liées à cette affaire. Ensuite, avec un autre journaliste, elle a interviewé la femme et les enfants de Liu Shaoqi à trois reprises, ce qui lui a permis d'écrire un article bien informé sur la mort de Liu et sur le destin de sa famille. Vous avez parlé d'une première rupture. Quand la seconde a-t-elle eu lieu? Au même moment, je lançais le Quotidien Zhengming Zhengming ribao.

Les autorités chinoises ont décidé très rapidement d'étouffer ce journal par tous les moyens. Tous les préparatifs pour le lancement du quotidien avaient été faits avec un ami, qui était un vieux journaliste très connu en Chine, ayant rencontré Mao et Staline. Il a reçu à ce moment une lettre de son fils qui était muté de Xi' an à Shanghai, mais n'avait pas de logement dans cette ville.

Comme il était conseiller du Wenhuibao de Shanghai et professeur à l'Université d'Amoy, il pouvait obtenir un appartement. Il a donc décidé de rentrer à Shanghai pour régler cette affaire.

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Je lui ai dit qu'il ne devait pas retourner en Chine, parce qu'on ne le laisserait sans doute pas ressortir, mais il n'a rien voulu entendre. Il est rentré, et n'a pas pu ressortir. Hu Yaobang, qu'il connaissait, n'a pas pu l'aider. Je ne savais pas comment faire. Tout était déjà en place. Le riz était déjà cuit. Je me suis rendu à Shanghai, mais je me méfiais. Je n'ai pas pris l'avion, j'ai pris le bateau. Je l'ai vu et je lui ai demandé comment faire. Il m'a dit qu'il allait tenter de trouver un moyen de revenir à Hong Kong, qu'il fallait attendre l'occasion.

Au même moment, un écrivain a écrit une lettre à un parent résidant à Shanghai lui demandant de me transmettre un article joint. Mais cette lettre est arrivée dans les mains de la Sécurité publique. L'écrivain et son parent ont été arrêtés. Normalement, j'aurais dû être arrêté aussi. Mais je suis parti à temps en train pas en avion et j'ai pu regagner Hong Kong. J'ai alors lancé seul le quotidien. Nous avions déjà signé des contrats avec les deux agences chinoises pour acheter leurs dépêches, mais nous ne les avons pas reçues.

Nous avions tout arrangé avec l'imprimeur, mais il a soudain refusé de nous publier et il a fallu en trouver un autre sur le champ. Nous avions un accord avec des journalistes connus pour qu'ils nous donnent des articles, mais au bout de trois ou quatre jours, ils ont reçu un coup de téléphone de l'Agence Chine nouvelle leur interdisant d'écrire pour nous. De même, le seul entrepreneur qui nous avait donné une publicité a reçu un coup de fil lui disant qu'il fallait choisir entre ses affaires en Chine et la publicité.

Bon, plus de publicité, plus rien. A ce moment, un ami cadre du Parti à Hong Kong m'a. Sinon, nous ne serions pas là à discuter. Dès que le quotidien est sorti, l'Agence Chine nouvelle a fait paraître dans le Yangcheng wanbao de Canton un article en première page pour me dénoncer.

J'ai tout de suite répondu par ma série d'articles de critique de ces principes.

1ères rencontres du journalisme engagé et du média libre

Un cadre du Département de la propagande a déclaré que la publication de cette série aurait été tolerable si j'avais pris un pseudonyme, mais puisque j'utilisais mon nom cela signifiait que la revue elle-même s'opposait au Parti communiste. Et, ce qui était particulièrement grave à ses yeux, au premier dirigeant de ce parti. La rupture était complète. Nous n'avions plus rien en commun. Liao Chengzhi avait fait une visite à Shanghai au cours de laquelle il avait reçu beaucoup de cadeaux.

En outre, son bateau était rempli d'amis à lui, qui avaient mené la belle vie.

Numéros en texte intégral

Cette révélation a particulièrement irrité Liao, et bien qu'elle ait été le fait de la revue Les années 70 et pas de Zhengming, les deux revues ont été interdites non seulement à la vente, mais également à l'entrée en Chine. La passion d'informer, malgré tout. Après cela, je pense que les informations sur la Chine étaient plus difficiles à obtenir. Quelles sont donc vos sources, depuis cette date? Des gens qui n'ont peur de rien. Parfois, je m'inquiète vraiment de leur audace. De Pékin, de Canton, de Shenzhen, des gens nous envoient des informations. Certaines sont signées, d'autres sont anonymes.

Bien sûr, il y en a qui ne sont pas exactes. Toute la difficulté consiste à juger de leur véracité. Notre problème n'est pas le manque d'informations, mais le trop-plein et la nécessité d'éliminer celles qui ne sont pas vraies. Je ne peux qu'admirer les gens qui nous envoient des informations extrêmement complexes et détaillées..

1ÈRES RENCONTRES DU JOURNALISME ENGAGÉ

Heureusement, ces fausses informations ne constituent qu'une minorité de celles que nous recevons. Certes, malgré notre travail de sélection, certaines informations erronées arrivent à se glisser dans nos pages, mais leur taux est faible. Pensez-vous que certaines d'entre elles vous sont envoyées de façon délibérée? Nous acceptions de recevoir toutes les personnes arrivant de Chine, dans l'espoir de recueillir des informations fraîches.

Maintenant, nous sommes beaucoup plus sélectifs, quitte à paraître, parfois, un peu impolis. Ce sont essentiellement des cadres. C'est pourquoi nous traitons surtout des affaires concernant les hautes sphères politiques. Nous avons aussi des informations sur les milieux intellectuels, culturels et sur la dissidence, fournies en grande partie par des intellectuels, mais ils sont moins nombreux que les cadres, civils et militaires.

Dans la nuit du 2 au 3 juin , vers 2 heures du matin, j'étais en train de regarder la télévision. La rumeur qui courait alors était que l'Armée préparait l'envoi de parachutistes sur le centre de Pékin. Tout d'un coup, le téléphone a sonné. Mon interlocuteur, que je ne connaissais pas, m'a appris que l'Armée allait attaquer incessamment, dans les deux jours à venir. La décision était prise et tout était prêt. Je lui ai demandé si des parachutistes allaient participer. Il m'a répondu: Je lui ai demandé d'où il appelait.

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Je lui ai demandé s'il se rendait compte du risque qu'il prenait. Il s'agissait clairement d'un haut cadre militaire. De même, peu après le massacre, nous avons reçu un appel, également en pleine nuit, nous donnant des chiffres très précis sur le nombre de morts recensés dans les différents hôpitaux, chiffres que nous avons publiés par la suite.

La personne. Sinon elle n'aurait pas eu accès à ce genre d'informations. Comment ces deux interlocuteurs avaient-ils obtenu votre numéro de téléphone? Votre revue continue-telle à être lue malgré l'interdiction d'entrée sur le territoire? Il existe plusieurs canaux par lesquels Zhengming peut encore pénétrer en Chine. Il y a les gens qui les passent à la douane: Si les douaniers les trouvent, ils les confisquent Il y a aussi les contrebandiers, professionnels ou occasionnels paysans des régions frontières, pêcheurs, conducteurs de camions.

Au tout début, les autorités chinoises nous en achetaient officiellement mille pour la lecture des hauts cadres. C'était la Société d' Import-Export des publications qui s'en chargeait. Aujourd'hui, ils utilisent des canaux plus discrets, mais il y a toujours des hauts cadres qui ont le droit de lire Zhengming, et qui ne s'en privent pas On vous reproche dans certains milieux intellectuels d'avoir un style trop populaire, pas assez académique.

Je revendique tout à fait ce style. Je ne suis pas certain de la nécessité de marcher sur les mêmes plate-bandes qu'elles. Mais nous avons évolué depuis nos débuts.

A l'époque, j'estimais qu'il fallait d'abord toucher le maximum de gens en leur fournissant l'information qui leur manquait, agrémentée d'analyses simples. Aujourd'hui, nous n'excluons pas des articles plus académiques, mais à dose modérée et toujours lisibles par un public assez large. Je pense que, dans l'ensemble, nous avons progressé avec nos lecteurs, au même rythme qu'eux.

Etes-vous satisfait de la diffusion et de l'influence obtenues par Zhengming'! Pensez-vous avoir réussi votre pari? A la fin de ce mois, nous fêterons le 17ème anniversaire de la revue, et depuis 14 ou 15 ans, nous avons les plus fortes ventes parmi les revues comparables. Nous avons des abonnés fidèles dans plus de cent pays. Je pense donc que la voie que nous avons suivie était la bonne. Certaines personnes, et notamment des intellectuels pékinois qui aimeraient pouvoir vous lire autrement qu'en cachette, vous reprochent un ton.

Ne vaudrait-il pas mieux, pour des raisons tactiques, adopter un style plus conciliant à l'égard du Parti communiste? Nous avons longtemps utilisé un ton modéré. Mais cette prudence de langage n'a servi à rien, comme nous venons de le voir. Le problème n'est pas celui de notre style, mais celui, plus vaste, d'un régime qui, de toute façon, ne tolère pas les critiques ou les remontrances venant de la société. Regardez les dissidents chinois: Mais Xu Wenli, par exemple, qui était beaucoup plus modéré, a écopé d'une peine identique. Dans ces conditions, je crois qu'il faut sur ce point suivre les directives du Président Mao, et ne pas hésiter à dire ce que l'on pense vraiment, puisqu'il n'y a pas de compromis possible.

Tant pis si l'on choque, ou peut-être tant mieux, car ce choc peut parfois être salutaire et amener une prise de conscience. Au moins, il attire l'attention sur vos idées. Accueil Journaux Articles Journalisme engagé: Journalisme engagé: Réduire Augmenter Taille de la police. Bouton imprimer. Date samedi 1 mars Numéro de journal Auteur s Michel Lulek. La première édition a déçu les quelques locaux qui y ont pointé leur nez: La deuxième édition, malgré un programme alléchant, faisait flop. Quant au public: Des plateaux de petits fours ont dû finir à la poubelle. Je crois que ma vie durant, mon plus grand combat sera celui-là!